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mardi 22 novembre 2011

Inspection scolaire : du contrôle à l'accompagnement ? (IFÉ)

Auteur : Rémi Thibert
Veille et analyse - IFÉ, Dossier d'actualité n° 67
11.2011




L’inspection manque d’efficacité. « Au vu des publications sur le sujet, l’effet positif de l’inspection sur la qualité de l’éducation n’est pas clairement établi. » (p 12). Selon certaines études citées par ce document, l’inspection ne favoriserait pas positivement la réussite des élèves et pourrait même constituer un frein à l’innovation pédagogique.

L’Inspecteur de l’Éducation nationale est le supérieur hiérarchique des instituteurs et des professeurs des écoles. Lors d’une inspection, l’IEN vérifie que l’enseignement dispensé est en conformité avec les programmes, il conseille l’enseignant sur le plan pédagogique et il intervient sur l’évolution de sa carrière (en proposant une note).  Pourtant, « aucune des trois finalités officielles ne semble […] être véritablement atteinte. Naturellement, la forme de la procédure d’évaluation revient irrémédiablement comme un facteur d’échec. La durée, la fréquence, le fait aussi que le système de notation soit contraint et le suivi quasi inexistant, rendent le contrôle assez vain, la gestion des personnels marginale et enfin l’accompagnement insuffisant » (citation de Xavier Albanel).

L’inspection est généralement mal vécue par les enseignants. À la fois juge et conseil, l’inspecteur est davantage perçu par ces derniers comme un juge. Or l’accompagnement pédagogique ne peut se faire que dans un climat de confiance et dans la durée, ce qui n’est pas compatible avec le système de l’inspection.

De fait, ce qui devrait être évalué, c’est la capacité d’un enseignant à faire progresser ses élèves. Quel que soit le niveau qu’ils avaient en entrant dans sa classe. Ce qui compte pour un système éducatif performant, c’est ce que les élèves ont effectivement appris et solidement retenu. La liberté pédagogique reste la règle, mais les pratiques efficaces – comme l’enseignement explicite – pourraient enfin se diffuser. Cet effet-maître devrait faire l’objet d’un constat chiffré, avec la plus grande précision possible, sur des critères véritablement scientifiques et objectifs. Ainsi, les enseignants efficaces seraient récompensés dans leur évolution de carrière. Quant à ceux qui ont des difficultés dans ce métier, ils se verraient proposer des formations continues pour leur permettre de progresser. Cette évaluation devrait en outre être menée par un organisme indépendant pour garantir la neutralité dans la collecte des données.

En France, il n’est hélas pas possible d’avoir une complète cohérence pédagogique dans chaque école publique. Sauf pour les partisans de Freinet qui peuvent se regrouper dans quelques écoles. Ils bénéficient d’un avantage précieux que les autres n’ont pas : ce n’est pas demain la veille qu’une école explicite accueillera les élèves de la Petite Section au CM2. Donc il est parfaitement illusoire de faire des inspections d’école, ce qui est la tendance lourde du moment. L’effet-école ne peut se mesurer que si tous les enseignants adoptent les mêmes dispositifs pédagogiques. Et pas autrement.

Quant à l’auto-évaluation, sa mise en place serait une farce dans le meilleur des cas ou, dans le pire, s’apparenterait aux autocritiques des pays totalitaires. Encore une technique de management qui dégrade celui qui travaille, en s’attaquant à sa dignité professionnelle. Sans parler de toutes les falsifications de la réalité que cette pratique engendrera inévitablement. Dans quelle tête d’œuf une idée pareille a-t-elle pu germer ?

Manifestement le débat est ouvert. Avec le ministère Chatel, nous assistons à une redéfinition majeure du système éducatif français dicté par des contingences strictement budgétaires. Il serait surprenant que le corps inspectoral n’en fasse pas lui aussi les frais…

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