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jeudi 29 septembre 2011

Une école béhavioriste ?


Mécanique


Les constructivistes et les traditionalistes se rejoignent en ce moment sur un point : l’aversion de cette politique éducative qui « fait passer l’école sous les fourches caudines de l’employabilité béhavioriste » (Philippe Meirieu), qui fait « prévaloir une conception purement économique et techniciste de l’éducation » (Natacha Polony). Autrement dit le dressage des élèves par des exercices mécaniques afin d’obtenir des compétences immédiatement utiles dans le monde de l’entreprise.

Au passage, on retrouve le reproche de ceux qui réduisent l’enseignement explicite à un béhaviorisme hideux, fait de mécanique, de répétitions et d’abrutissement. Ceux-là même montrent ainsi leur méconnaissance totale de ce qu’est la pédagogie explicite. Celle-ci se veut efficace, et cela suffit pour la dévaluer aux yeux de ceux qui revendiquent l’inefficacité ou l’antiquité de leurs méthodes. Ces pratiques nouvelles se soucient du rendement scolaire : horreur, c’est une forme de productivisme. La mémorisation, le surapprentissage sont des abominations : il vaut mieux tout oublier au fur et à mesure et surtout ne pas automatiser les tâches subalternes de peur qu’un peu d’intelligence soit libérée pour une réflexion plus approfondie. Se baser sur les données probantes pour changer les pratiques et orienter les politiques éducatives, c’est du technicisme abject, c’est la taylorisation de l’école. Chacun doit continuer à bricoler dans son coin, à la manière d’un artisan qui n’aurait jamais appris son métier. Inutile de continuer ce catalogue effarant : on atteint là le niveau zéro de la critique, si on peut encore utiliser ce mot dans le cas qui nous occupe. Et, encore une fois, les plus consternants des constructivistes et des traditionalistes font cause commune sur notre dos. J’en parle hélas d’expérience.

Nous serions donc parvenus à une école française qui pratiquerait un béhaviorisme favorisant l’employabilité ? Je ne vois surtout dans notre pays qu’une école dégradée par les pratiques constructivistes restant très largement majoritaires et solidement implantées. Et cette constatation se suffit bien à elle-même !

L’école aux ordres de l’économie est sans doute celle dont rêve le ministre Chatel et quelques-uns de ses amis. Ce modèle reste à la marge et ne s’imposera pas facilement. En fait, les imprécations des uns et des autres, des Meirieu et des Gauchet, permettent le rabibochage des “pédagogistes” et des “républicains”. Qui aurait cru cela possible ?

Pour illustrer leurs propos, les mêmes entonnent le refrain sur les évaluations nationales et surtout internationales au service d’une « vision béhavioriste des compétences » (Philippe Meirieu). Ces évaluations, malgré leurs imperfections et bien qu’elles portent sur des compétences, ont au moins le mérite d’exister et de révéler les failles de nos systèmes éducatifs. Par ailleurs, dans cette querelle des compétences et des connaissances, on oppose en fait ce qui est utile à la culture. Comme si on ne pouvait pas prétendre aux deux ? L’économie a-t-elle besoin d’abrutis ne sachant que répéter mécaniquement ce pour quoi ils ont été dressés ? Ou nécessite-t-elle des ouvriers, des employés, des cadres performants sur le plan technique et ayant de solides connaissances générales ? Ce mépris pour ce qui est utile au nom d’une conception élitiste de la culture est en fait un mépris pour le monde du travail. Or, qui formera des professionnels compétents et cultivés si ce n’est l’école ?

Ces imprécations sur le béhaviorisme permettent aux pédagogistes et aux traditionalistes de trouver enfin un terrain commun. Nous assistons au mariage de la carpe et du lapin...

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