Translate

samedi 10 septembre 2011

« Il faut aider les enseignants » (Roland Goigoux)


Roland Goigoux est professeur des universités à l’IUFM d’Auvergne. Spécialiste (constructiviste, évidemment) de l’enseignement de la lecture, il s’était fait connaître en septembre 2006 par son éviction de la formation à la lecture qu’il assurait depuis une dizaine d’années aux futurs IEN à l’ESEN (École Supérieure de l’Éducation Nationale). Éviction décidée par le ministre d’alors, Gilles de Robien, suite aux critiques que Roland Goigoux avait émises à propos de la fameuse circulaire sur la lecture parue en janvier de la même année. Tout le petit monde constructiviste s’était alors ému. Le grand-prêtre du Café pédagogique, François Jarraud, écrivait : « La décision qui touche R. Goigoux est particulièrement injustifiée. D’une part parce qu’elle jette le discrédit sur ses travaux et met en cause son travail scientifique. C’est un déni dangereux pour la crédibilité du travail des chercheurs et surtout pour la qualité de la formation des inspecteurs et des cadres de l’éducation nationale. » En effet, si les futurs IEN ne reçoivent plus le bourrage de crâne constructiviste pendant leur formation, où va-t-on ?

Pour autant, je dois admettre que Roland Goigoux fait depuis quelque temps des constats très justes sur le métier d’enseignant du Primaire. Et les propositions qu’il avance ne manquent pas d’intérêt. J’en veux pour preuve cet entretien paru dans Fenêtres sur cours (n° 356, 29 août 2011), magazine du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire dans le Primaire, dont le parti-pris “pédagogiste” n'est plus à démontrer.


Roland Goigoux
Roland Goigoux


Qu'entend-on par hétérogénéité des classes ?
Dans l'enquête du SNUipp-FSU, les enseignants utilisent ce vocable pour désigner leurs difficultés à prendre en charge trois sortes d'enfants : ceux dont le comportement dérange la classe (turbulents, arrogants, désintéressés, etc.), ceux dont le niveau scolaire est trop éloigné de ce qui est attendu et ceux, présentant un handicap, dont l'intégration exige une prise en charge spécifique. L'hétérogénéité semble être synonyme d'attention extrême à apporter à une minorité d'élèves qui dérèglent l'activité ordinaire d'enseignement.

S'agit-il d'un phénomène nouveau ?
Non et cela ne posait pas beaucoup de problèmes tant que la demande sociale adressée à l'école n'était pas la réussite de tous. Mais aujourd'hui, les maîtres ne doivent plus laisser un seul enfant au bord du chemin. L'instauration du socle commun est l'affirmation d'un savoir minimum garanti. Si certains ont dénoncé l'appauvrissement des ambitions éducatives associé à l'adjectif minimum, peu ont souligné la pression qu'allait exercer l'engagement à le garantir à tous. Or, les enseignants se sentent impuissants à atteindre les objectifs qui leur sont assignés et coupables de ne pas y parvenir ; deux sources de souffrance au travail, communes à bon nombre d'univers professionnels.

Le manque de moyens est-il seulement matériel ?
Non, bien sûr. Il s'agit aussi d'un manque de compétences pédagogiques, mis notamment en évidence par le dispositif d'aide personnalisée, la “différenciation pédagogique” enfin à la portée de tous. Quand les enseignants se sont retrouvés face à de petits groupes d'élèves, ils ont pu mesurer leur impuissance à leur apporter une aide suffisante lorsque les difficultés dépassaient le simple soutien, qu'il fallait replanifier l'enseignement et concevoir de nouvelles tâches, par exemple revenir en arrière sur des apprentissages fondamentaux non acquis. L'aide personnalisée a mis à l'épreuve la valeur professionnelle des maîtres qui, à travers l'enquête, réclament de l'aide pour faire face.

Le métier a-t-il changé à ce point ?
Oui, autrefois, on demandait aux enseignants du primaire d'étudier l'intégralité d'un programme, aujourd'hui on exige que tous leurs élèves maîtrisent les notions inscrites dans ce programme. Ils étaient formés à l'enseignement collectif, on leur demande de devenir des spécialistes de l'apprentissage, individualisé de surcroît.
Les enseignants évoquent aussi leur conviction que les élèves changent : moins attentifs, moins motivés, ils sont également de plus en plus nombreux, à être en très grande difficulté, sur le plan du comportement, et sur celui des apprentissages scolaires, souvent les deux. D'ailleurs le nombre de jeunes enfants en très grande difficulté langagière augmente, probablement en raison des difficultés sociales croissantes d'une partie de la population pauvre. Le fossé se creuse, à l'école comme dans la société.

Quelles pistes d'amélioration suggérez-vous ?
Je n'en évoquerai qu'une : il faut apporter de l'aide aux maîtres, pas seulement aux élèves. Sans négliger les questions d'organisation (revoir les programmes, réorganiser la semaine, alléger les effectifs...), il faut mettre l'accent sur le développement des compétences pédagogiques, individuelles et collectives, des enseignants pour leur permettre d'être des spécialistes des apprentissages scolaires. Outre une refonte totale de la formation continue, je propose le détachement de maîtres surnuméraires, reconnus pour leurs compétences pédagogiques et élus pour 4 ans par leurs pairs, disponibles pour aider leurs collègues à analyser les difficultés des élèves et pour concevoir, avec eux, les meilleurs dispositifs d'enseignement. Un vrai travail d'équipe, animé par des enseignants volontaires et bien formés, hors ligne hiérarchique, travaillant en étroite collaboration avec les équipes de circonscription, les formateurs et les chercheurs.

1 commentaire:

  1. Je crois avoir perdu le commentaire d'un visiteur sur cet article, dans lequel il évoquait les RASED. Pouvez-vous le remettre ? Et pardon pour cette fausse manœuvre.

    RépondreSupprimer

Les commentaires reçus n’ont pas tous vocation à être publiés.
Étant directeur de publication de ce blog, seuls les textes qui présentent un intérêt à mes yeux seront retenus.