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vendredi 10 juin 2011

La scolarisation des enfants handicapés (Sénat - 2011)

Auteur : Paul Blanc, Sénateur des Pyrénées-Orientales
Rapport au président de la République, mai 2011
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« La loi du 11 février 2005 a permis une augmentation très importante de la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire. »

50 000 élèves de plus dans l’espace de cinq années…

Et d’emboucher les trompettes de la victoire !

Amère victoire cependant. D’abord pour les élèves à besoins spécifiques. Comme le dit le rapporteur : « L’école peine aujourd’hui à répondre de manière pertinente aux besoins des enfants handicapés ». C’est le moins qu’on puisse dire quand on connaît un peu la réalité des classes. L’objectif premier – et louable – de ces dispositifs était l’intégration des enfants à besoins spécifiques dans les classes ordinaires. Or cette intégration devient très vite contradictoire avec le statut particulier de l’élève handicapé, avec les aides dont il bénéficie (quand il les obtient), avec les prises en charge nécessitées par les soins pendant le temps scolaire. Décidément, l’élève handicapé n’est pas comme les autres et son intégration n’est qu’un simulacre permettant de faire des économies. Car le fond de l’affaire est bel et bien une question de budget : l’enseignement spécialisé pour les élèves à besoins spécifiques coûte trop cher, en tout cas bien plus qu’une pseudo-intégration dans une classe ordinaire. Et tant pis si l’élève perd son temps dans une classe lambda qui ne répond pas ou mal à ses besoins particuliers…

Par ailleurs, « la loi de 2005, en élargissant la notion de handicap, a eu comme conséquence une très forte augmentation de la qualification de handicap ». Dès lors qu’il y a un trouble dans le comportement ou dans les apprentissages, les parents doivent courir à la MDPH. Ce que certains refusent tout net puisqu’ils ne reconnaissent pas leur enfant comme souffrant d’un handicap. Et ce que d’autres abusent sous n’importe quel prétexte afin d’obtenir des aides, car tout est bon à prendre. Disons-le une bonne fois pour toute, un enfant un peu turbulent ou plutôt lent sur le plan cognitif n’est pas un enfant handicapé.

Amère victoire aussi pour les parents d’enfants à besoins spécifiques qui exigent à bon droit « une application stricte de la loi », notamment par l’obtention d’aides individuelles. C’est-à-dire, le plus souvent, par l’affectation d’un AVS (assistant de vie scolaire). Or, comme le dit le rapporteur, « compte tenu des contraintes budgétaires, c’est cependant le recours à des contrats aidés qui a été le plus largement développé ». Autrement dit, des petits boulots, sans qualification, sans formation, sans avenir, sans rétribution décente. Et encore, quand il y en a. De plus, le rapporteur rappelle à juste titre que « la prescription d’AVS individuels, retenue souvent par défaut d’autre solution, ne favorise pas forcément une scolarisation de l’enfant dans de bonnes conditions et peut nuire à son autonomie ». Que des avantages…

Amère victoire enfin pour les enseignants qui sont « de plus en plus confrontées à la gestion difficile de classes hétérogènes », comme le reconnaît lui-même le rapporteur. Bien souvent, la MDPH octroie des aides, mais faute de budget on ne voit rien arriver de concret. Et l’enseignant et son élève à besoins spécifiques se débrouillent seuls. Le cœur de notre métier est la transmission des connaissances et des habiletés. Nous sommes des pédagogues. Nous ne sommes pas des orthophonistes, des rééducateurs, des infirmiers, des pédopsychiatres, des thérapeutes. À chacun son métier.

Aussi quand le rapporteur dit : « L’accueil d’enfants handicapés doit être un atout pour la progression de tous les élèves et figurer en bonne place dans les projets académiques mais aussi dans les projets d’établissements et d’écoles. », cela relève de la formule incantatoire. L’accueil d’un élève handicapé est d’abord, pour l’enseignant, une charge de travail supplémentaire et une responsabilité particulière. Cela mériterait une prime de sujétion spéciale conséquente, car il s’agit bel et bien d’une contrainte spécifique imposée à l’enseignant dans l’exercice de son métier. On compte encore un peu trop sur le dévouement et l’esprit de bénévolat des instituteurs. Les temps ont changé : nous ne sommes plus des curés laïques comme au temps du père de Pagnol. Nous sommes des professionnels et nous voulons être considérés comme tels. De fait, tous les professionnels sont rémunérés en fonction des difficultés qu’ils rencontrent dans leur tâche. 

Pourquoi pas les enseignants ?

Parmi ses recommandations, le rapporteur a juste oublié celle-là. Curieusement...

Décidément, les bons sentiments, les tirades généreuses, les discours citoyens ne sont que des écrans de fumée pour masquer de basses – vraiment très basses – motivations budgétaires. Les élèves à besoins spécifiques sont ainsi sacrifiés au nom de l’intégration et de l’acceptation des différences. Quelle habile manœuvre : qui pourrait s’opposer à de si nobles intentions ?



Voir aussi : Le site HSERA


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