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lundi 11 avril 2011

L'école québécoise en souffrance (Renée Larochelle)

Une équipe de chercheurs de la Faculté des sciences de l’éducation révèle que le désarroi et la détresse sont le lot quotidien du personnel travaillant en milieu scolaire


« On a l’impression de patauger, d’être tout seul dans le bateau, on rame, on rame et on ne sait pas où on s’en va. Il n’y a personne pour nous aider. » Ce cri du cœur, Marie-France Maranda, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation, l’a entendu à plusieurs reprises au cours de l’enquête qu’elle a réalisée en 2009-2010 auprès de membres du personnel d’une école secondaire de Québec située en milieu socioéconomique défavorisé.

En plus de se sentir comme des naufragés à qui on ne tendrait aucune bouée de sauvetage, les personnes interrogées disent ployer sous le poids des situations difficiles, peut-on lire dans l’étude. Lorsqu’on lui fait la remarque que les résultats auraient peut-être été différents si l’école avait eu pignon sur rue dans un quartier plus favorisé, Marie-France Maranda répond par la négative. « Dans les écoles du Québec actuellement, de plus en plus de jeunes arrivent avec des troubles de comportement et des retards importants, avec le résultat que les enseignants, les directeurs de programme et d’école font face à d’énormes difficultés et que les problèmes à gérer sont de plus en plus lourds et complexes », explique Marie-France Maranda.

Sous sa direction et celle de Simon Viviers, étudiant-chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail (CRIEVAT), Marie-France Maranda présente les résultats de son étude dans un ouvrage paru récemment aux Presses de l’Université Laval et intitulé L’école en souffrance. Psychodynamique du travail en milieu scolaire.



Immédiateté et urgence


Parmi les situations difficiles, voire à risque sur le plan de la santé mentale, qui ont été relevées par les participants, figure le contrôle du temps. « Les enseignants doivent répondre à toutes sortes de demandes dans l’immédiat et dans l’urgence, dit Marie-France Maranda. Ils affirment ne pas pouvoir prendre le temps qu’il faut pour faire les choses comme il se doit. » Autre problème : la confusion des rôles entre les intervenants dans les groupes d’élèves. Fini le temps où l’enseignant était roi le seul maître de sa classe : aujourd’hui, le travail fonctionne sur le mode de “l’équipe-école” et de la multidisciplinarité. Devant des élèves aux prises avec des difficultés d’ordre médical, scolaire, psychologique et social, les enseignants doivent donc se transformer en infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux et techniciens en éducation spécialisée. Ce n’est pas mieux pour les membres de direction de programmes ou d’école qui doivent continuellement parer aux urgences. Sans compter que même les secrétaires doivent jouer le rôle de surveillantes lorsqu’il n’y a plus de places pour accueillir les élèves trop indisciplinés qui se font mettre à la porte de la classe.  

Marie-France Maranda relève également les modes de communication déshumanisants existant entre les employés et les établissements. Par exemple, il arrive que des employés comptant 25 ans de service soient confrontés à des contestations systématiques d’accidents de travail et d’examens médicaux de la part de leur employeur. Enfin, la précarité d’emploi, qui touche particulièrement le personnel de soutien et les enseignants, a des répercussions sur le moral des troupes. De jeunes enseignants à statut précaire doivent ainsi faire leurs classes dans des groupes réputés difficiles, avec tous les risques de fragilisation et de dérapage que cette situation entraîne.

Comment réparer cette école en souffrance dont les murs craquent de partout et qui menacent de s’effondrer sous le poids de la détresse et du désarroi qui y sont vécus quotidiennement ? À cette question, Marie-France Maranda n’a pas de réponse précise, si ce n’est qu’elle constate que le personnel scolaire a un grand besoin de reconnaissance sociale. « Il faut prendre nos responsabilités collectives, souligne-t-elle. J’ai le goût de dire aux décideurs et aux fonctionnaires du ministère de l’Éducation de sortir de leurs bureaux et d’aller dans les écoles, juste pour voir . »

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