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mercredi 20 avril 2011

Le curriculum dans les politiques éducatives (Roger-François Gauthier)

Revue internationale d'éducation de Sèvres, n° 56,
04.2011




En France, les professionnels de l’éducation ne savent pas ce qu’est un curriculum. Les programmes sont la seule boussole. Pourtant ils sont « sans référence à des finalités éducatives générales dont ils dépendraient (…), souvent plus tournés vers un idéal d’enseignement que vers une effectivité des apprentissages, et ne se prononçant ni sur l’outillage matériel nécessaire, ni sur les questions d’évaluation, ni sur le niveau d’atteinte attendu des élèves ». Pour les partisans de l’enseignement traditionnel, les programmes sont l’alpha et l’oméga. Pour eux, l’école doit se contenter d’être seulement formelle : les maîtres enseignent, les élèves apprennent ou font semblant.

Dans une perspective d’enseignement explicite, le curriculum est déterminant. Car il permet d’envisager l’action éducative dans sa globalité. Le curriculum « privilégie aussi bien la cohérence de [la] prescription pédagogique (…), que la réalité de sa mise en œuvre dans les écoles réelles et les apprentissages effectifs des élèves (au regard d’évaluations dont on recherche l’objectivité) ».

Pour l’auteur, la politique curriculaire est une « politique éducative qui considère que son objectif central est la définition et la mise en place effective, avec la meilleure qualité possible, d’un curriculum ».

Dans l’élaboration de ce curriculum, les enseignants sont appelés à jouer un rôle important. Mais, en contrepartie, « c’est tout un modèle des professionnels de l’éducation en phase avec des politiques curriculaires qui est à imaginer ». Exit les maîtres artisans pour lesquels enseigner est un art. Voilà les maîtres professionnels pour lesquels enseigner est un métier. Les questions curriculaires mettent en effet « l’accent sur les exigences de l’école en termes d’objectifs d’apprentissage, sur une qualité à atteindre (…) en direction de la qualité de ces apprentissages, et sur le fait que cette éducation de qualité doit être inclusive, au sens où le contraire de cette exigence, à savoir l’exclusion d’élèves par l’échec, doit être absolument banni ». Pour nous, cette exigence d’apprentissages de qualité (le mot est répété plusieurs fois pour bien marquer son importance) rejoint pleinement l’exigence d’efficacité de l’enseignement explicite que nous diffusons. Nous pourrions facilement faire nôtre cette phrase : « Ce qui importe est d’abord d’amener les élèves, quels qu’ils soient, à des apprentissages reconnus pour leur qualité ». C’est ce que nous ne cessons de répéter.

Mais ne nous berçons pas d’illusions. Les partisans des pratiques inefficaces du constructivisme ont toujours pignon sur rue en France. Ils sont toujours aux manettes. Ils ont même repris des couleurs avec le ministère Chatel qui les convoque pour tous les comités Théodule réfléchissant – en rond et en vain – à diverses questions éducatives. Si la France définit une politique curriculaire, on peut donc légitimement penser que ce sera pour enseigner du vide avec des méthodes inefficaces, accompagnées d’évaluations bidon faites par les principaux intéressés. Des villages Potemkine pédagogiques.

Pour la qualité, on sera donc obligé d’attendre des jours meilleurs. Une fois de plus…

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