Translate

vendredi 21 janvier 2011

Contrer le décrochage des jeunes enseignants grâce à des programmes d’insertion professionnelle

Source : Campus Express
Université du Québec à Trois-Rivières



Au cours des cinq premières années suivant leur insertion sur le marché du travail, 15 à 20 % des jeunes enseignants québécois abandonnent leur profession. Ce taux de décrochage, observé du préscolaire au secondaire, s’avère deux à trois fois supérieur à la moyenne des autres professions de la fonction publique. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces abandons, dont les conditions de travail souvent difficiles lors de l’entrée dans la carrière. Mais que faire pour aider ces arrivants à persévérer dans l’enseignement ? Professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR et membre du Laboratoire d’analyse du développement et de l’insertion professionnels en enseignement (LADIPE), M. Stéphane Martineau s’est intéressé aux différents programmes mis en place pour faciliter l’insertion professionnelle des nouveaux enseignants.

« Lorsque les diplômés en enseignement amorcent leur carrière, ils se voient souvent confier des tâches plus ingrates, de constater M. Martineau. Ils sont assignés, par exemple, dans des écoles de quartiers défavorisés ou des classes difficiles, ou ils doivent travailler dans plusieurs établissements différents. Au secondaire, ils enseignent plusieurs matières ou à divers niveaux. Certains enseignent aussi des matières pour lesquelles ils nont pas été formés. Dautres nobtiennent pas de contrats et doivent travailler sur appel ou faire de la suppléance. Tout cela pour réussir à accumuler un nombre dheures suffisant au sein dune même commission scolaire, afin de pouvoir un jour obtenir un poste. »

Confrontés à des attentes élevées de la part des directions d’école, les nouveaux enseignants doivent assumer les mêmes responsabilités que leurs pairs plus expérimentés, même s’ils débutent dans la profession. « Le jeune enseignant peut vivre alors un sentiment dincompétence, ne pas se sentir à la hauteur, ce qui contribue aussi au décrochage, surtout dans les deux premières années de la carrière », rapporte le chercheur.


Des programmes de soutien

Pour venir en aide aux nouveaux enseignants, une quinzaine de commissions scolaires québécoises proposent actuellement des programmes structurés d’insertion professionnelle. La pionnière en cette matière, la Commission scolaire de Laval, a lancé ce type d’activité il y a une dizaine d’années.

« Pour la plupart, ces programmes dinsertion prennent la forme de mentorat, note le professeur Martineau. Il sagit de jumeler un nouvel enseignant à un collègue plus expérimenté, afin que ce dernier puisse soutenir et conseiller le jeune enseignant et répondre à ses interrogations. Le mentorat se poursuit habituellement sur une période dun an. »

Certains programmes d’insertion professionnelle offrent aussi un soutien pédagogique et didactique particulier aux nouveaux enseignants, afin de faciliter leur travail. Des conseils sont également prodigués, par exemple, à propos de la première rencontre avec les parents, un moment jugé particulièrement stressant. Les nouveaux enseignants reçoivent aussi des formations ciblées et, dans certains cas, ont accès à un soutien psychologique ou moral. De plus, des réseaux d’entraide entre pairs leur permettent de briser leur solitude et de partager leurs expériences.

« Il faut noter toutefois que les programmes actuels rejoignent surtout les nouveaux enseignants qui ont obtenu une tâche et sont intégrés à la vie dune école. Les arrivants moins privilégiés, engagés sur appel ou pour la suppléance, sont plus difficiles à atteindre avec ce type dintervention », commente M. Martineau.


Évaluer les retombées

Après avoir inventorié les différents programmes d’insertion professionnelle en enseignement offerts au Québec, l’équipe de recherche du professeur Martineau souhaite maintenant se rendre sur le terrain, afin de recenser les autres initiatives, plus marginales ou moins publicisées, qui concourent à faciliter l’entrée en carrière des nouveaux enseignants.

« Il nous faut aussi évaluer formellement lefficacité de ces programmes dinsertion et leurs retombées. Selon les données disponibles, les nouveaux enseignants disent être satisfaits des programmes auxquels ils ont accès et affirment que ce soutien sest avéré positif dans le démarrage de leur carrière. Mais quel est limpact réel de ces programmes sur l’évolution du taux de décrochage ? Il nous reste à le vérifier, en récoltant des statistiques probantes. Aux États-Unis, où le pourcentage dabandon précoce de la carrière denseignant frôle 40 %, plusieurs recherches ont démontré que les programmes dinsertion professionnelle diminuent réellement le décrochage. Ils contribuent également à lamélioration du confort psychologique, à la diminution du stress et à laugmentation de la satisfaction professionnelle. Ces constats laissent présager des résultats également positifs, pour les programmes offerts au Québec », d’observer le chercheur.


Note : Les pourcentages des démissions de jeunes enseignants ont été mis en gras par nos soins. Rappelons que nous ne disposons d'aucune donnée de ce type pour la France...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires reçus n’ont pas tous vocation à être publiés.
Étant directeur de publication de ce blog, seuls les textes qui présentent un intérêt à mes yeux seront retenus.