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dimanche 25 avril 2010

Vaincre l'échec à l'école primaire (Institut Montaigne)

Rapport
04.2010





L’Institut Montaigne est un club de réflexion d’inspiration libérale. Ce rapport souligne l’importance du Primaire dans la scolarité. Pour les auteurs, « L’échec scolaire à l’école primaire est une bombe à retardement  pour notre société ».

Un chapitre est consacré au rôle des enseignants qui est jugé « crucial », selon nous à juste raison. L’importance de l’effet-maître est reconnue et les auteurs citent les travaux de Pascal Bressoux que nous connaissons bien. On peut lire que « même si beaucoup de facteurs ne sont pas du ressort direct de  l’enseignant (…),  son efficacité et sa qualité ont une incidence déterminante sur la maîtrise des acquis des élèves. » Aussi les rapporteurs se mettent « à la recherche du bon enseignant » (p 47-48). Ils rappellent que « les différences d’efficacité passent d’abord par les différences entre les pratiques pédagogiques ». Pour définir une bonne démarche d’enseignement, les auteurs citent encore les travaux de Bressoux et ceux de Brophy et Good : « La démarche d’enseignement utilisée produit également des effets : « Une démarche très structurée, fortement guidée par l’enseignant, où la notion à enseigner est clairement explicitée, où l’on procède par petites étapes selon un rythme de leçon soutenu en s’assurant à chaque nouvelle étape que les étapes sont maîtrisées » [Bressoux] est bénéfique pour les élèves. De nombreux travaux, essentiellement anglo-saxons, ont montré l’efficacité de cette démarche (appelée “enseignement direct” ou “enseignement explicite”) en lecture, mathématiques et notamment pour les élèves en difficulté. »

Les mérites de la Pédagogie Explicite sont donc maintenant connus et reconnus. C’est une grande satisfaction pour nous. Seule compte la notoriété croissante de l’efficacité des pratiques explicites.

Pour le reste, le rapport apporte des informations intéressantes et propose des solutions. Celles-ci sont très nettement marquées par l’option libérale de l’Institut Montaigne. Elles heurteront une sensibilité politique ancrée à gauche. Mais cela est l’affaire des choix de chacun…

Contenus et programmes scolaires : comment lire les réformes curriculaires ? (INRP)

Auteur : Olivier Rey
Veille scientifique et technologique (INRP), Dossier d'actualité n° 53
04.2010



La notion de curriculum est mal connue en France. Il convient de ne pas la réduire aux seuls programmes d’enseignement. Le curriculum englobe tout le processus d’enseignement  depuis les objectifs et les contenus jusqu’à l’évaluation, en passant par les pratiques pédagogiques mises en œuvre pour parvenir aux apprentissages. 

Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard sont partisans d’un “alignement curriculaire” qui « vise à assurer une correspondance élevée entre le programme prescrit, l’enseignement réalisé et l’évaluation effectuée (…).
Première étape
: Définir le plus clairement possible les apprentissages qui doivent être maîtrisés. Il s’agit d’identifier les connaissances ou les compétences désirées. (…) Cette première étape permet de clarifier le programme, de le concrétiser, voire de le matérialiser, afin de faciliter son enseignement et éventuellement, son évaluation.
Deuxième étape
: Planification de séquences d’apprentissage qui permettront aux élèves d’acquérir les connaissances visées et de développer les compétences prévues par le programme.
Troisième étape
: L’évaluation permet de juger le degré de maîtrise des connaissances, le niveau de développement des compétences que les élèves ont acquises à la suite des expériences d’apprentissage effectuées en salle de classe. L’évaluation porte sur ce qui a été enseigné, c’est-à-dire sur ce qui a fait l’objet d’apprentissage en salle de classe. L’évaluation (…) ne comporte aucune surprise, aucun piège pour l’élève, car toutes les tâches demandées en situation évaluative sont reconnaissables et congruentes avec, d’une part, ce qui a été enseigné en classe (…) et, d’autre part, avec le programme prévu (…) En somme, les contenus prescrits par le curriculum doivent être ceux qui sont enseignés en classe et, ultérieurement, seulement ceux qui seront objet d’évaluation. »


La Pédagogie Explicite s’intéresse de près au curriculum et veille, pour plus d’efficacité dans l’enseignement, à mettre en œuvre cet indispensable alignement curriculaire.

Notons par ailleurs, dans cette étude, une indication très intéressante : « De nombreux travaux sur le rapport au savoir ont également souligné les “malentendus” qui peuvent amener l’école à négliger l’appropriation par les élèves de la logique cognitive permettant de relier les tâches et exercices scolaires, d’une part, et les savoirs et notions à acquérir, d’autre part. Avec la meilleure volonté d’amélioration de leur enseignement, des enseignants, en voulant s’éloigner du cours magistral frontal pour un enseignement plus inductif, négligent l’explicitation des règles de l’apprentissage : quelle notion on veut “apprendre”, quel mécanisme on veut “comprendre”, à quoi sert l’exemple utilisé… Or, ce sont les enfants des catégories populaires, les plus éloignés de cette logique cognitive implicite, qui souffrent le plus de cette négligence en travaillant parfois “à côté” des enjeux d’apprentissages visés, en confondant le moyen (voire le détour) pédagogique avec l’objectif d’acquisition d’un savoir. »

Il s’agit bel et bien alors d’entrer dans la Pédagogie Explicite…

mercredi 7 avril 2010

Livre : Autopsie du Mammouth (Claire Mazeron)


Encore une “autopsie” ! Dès le titre, l’École est considérée comme un cadavre. Ce qui témoigne d’emblée d’un pessimisme militant qui n'est pas le mien. J’estime en effet que le corbillard arrive bien tôt pour une École qu’on veut enterrer alors qu’elle bouge encore. Les enseignants ont à cœur leur métier. Et les plus convaincus d’entre eux se battent quotidiennement pour une École instructionniste de qualité.

Ceci dit, ce livre me laisse une impression mitigée. L’auteur se défend d’être une nostalgique de l’École de jadis. Elle accuse même Ferdinand Buisson de donner des “aliments” au pédagogisme, ce qui est évident... quoique hérétique aux yeux des plus passéistes. Mais, pour autant, on retrouve le ton habituellement agressif du pamphlet traditionaliste. On sent une filiation certaine avec Brighelli, dont on retrouve jusqu’à certains tics de langage (les fameux « Monchéri-Moncœur »). De plus, la seule alternative supposée incarner le renouveau de l’École est une expérimentation regroupant quelques classes du Primaire (de moins en moins d’ailleurs, à cause des départs et des exclusions), dont on attend toujours l’évaluation objective faite par un organisme indépendant, une évaluation « effective et connue de tous » comme l’écrit si bien l’auteur à propos d’autres expérimentations pédagogiques.

Pour autant, le livre est écrit avec une plume alerte et un style agréable, paradoxalement jubilatoire. Je regrette seulement qu’il soit émaillé de jeux de mots éculés (exemple « Très Zélés Remplaçants » pour TZR, les remplaçants du Secondaire), en décalage avec le propos. L’auteur connaît très bien le petit monde de la rue de Grenelle où les décisions semblent être prises dans l’urgence par des gens qui ne maîtrisent absolument pas leurs dossiers. Il faut dire que Claire Mazeron a des responsabilités dans un syndicat du Secondaire. Ce qui explique d’ailleurs que le Primaire soit moins abordé dans son livre, cependant avec des commentaires bien sentis. Voir par exemple ce qu’elle dit des “désobéisseurs”, nouveaux « résistants pédagogiques pleins de bravitude », « Jean Moulin en herbe [qui] ridiculisent l’ensemble de la profession en clamant haut et fort que l’apprentissage systématique constitue un appauvrissement », « enseignants désœuvrés mais convaincus de la noblesse de leur cause ». Bien vu ! J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur les parents d’élèves où l’auteur a le courage de dire haut et clair ce qui est habituellement passé sous silence par complaisance et veulerie. L’éducation est le préalable indispensable à toute instruction solide. Et l’éducation, c’est d’abord à la maison qu’on la reçoit. Au lieu de cela, les parents jouent aux instituteurs du soir et les enseignants éduquent à une moraline de bon ton.

Ce livre est donc une description désespérée (“autopsie”) du délabrement de l’École. Ce que je regrette, ce n’est pas la publication d’un ouvrage de plus sur ce thème, c’est que ce constat, même après des années, reste toujours d’actualité. Les ministres se suivent mais rien de solide ne remet l’École au travail. De toute évidence, les choses ne changeront pas par le haut, elles changeront sur le terrain. À la base.

Aussi, l’heure n’est plus aux jérémiades. On doit passer à l’action. Les pratiques d’enseignement efficaces commencent à se répandre. Le mouvement est en marche : l’École n’est pas morte…

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Autopsie du Mammouth – L'Éducation nationale respire-t-elle encore ?
Claire MAZERON
Jean-Claude Gawsewitch, 01.2010, 282 p.