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vendredi 28 novembre 2008

Les enseignants français : une identité particulière en Europe ?

Auteur : Nadine Esquieu
MEN, Éducation et formations, n° 78
11.2008



Cette étude s’attache à brosser le portrait des enseignants français et ce qu’elle indique démolit l’image traditionnelle de l’instituteur à la Jules Ferry, que certains croient hélas toujours d’actualité.

Les enseignants représentent environ 4 % de la population active totale en France. Remarquons d’abord, que ce soit dans le premier ou dans le second degré, que la féminisation du métier s’est particulièrement accélérée après la Seconde Guerre mondiale. Si elle était de 64 % en 1955 dans le premier degré, la part des femmes a continué de progresser : 74 % en 1975, 78 % en 1994 pour atteindre 82 % en 2007 et même 85 % parmi les jeunes générations (moins de 30 ans). Les femmes sont presque exclusivement présentes en maternelle (93 %) et un peu moins en élémentaire (78 %). Toutefois, la féminisation dans le primaire (78 % en France) est encore plus élevée en Suède (80 %), en Allemagne ou en Grande-Bretagne (82 %), en République Tchèque (84 %), en Hongrie (86 %) et même en Italie (95 %).

L’étude constate également une élévation du niveau de diplôme requis. Cela a été une nécessité aussi dans le recrutement des enseignants. En effet, jusqu’à la fin de la IVe République (1958), les instituteurs étaient recrutés en fin de troisième. En 1959, au début de la Ve République, ils le sont au niveau du bac et à partir de 1991, par la création des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), ils le seront au niveau de la licence (soit au niveau bac + 3). Les professeurs des écoles sont actuellement plus d’un tiers à posséder une licence, 12 % une maîtrise (bac + 4) dont 25 % pour les jeunes de moins de 25 ans et 4 % possèdent un diplôme égal ou supérieur à bac + 5 (DEA, DESS, doctorat ou autre) ; ils sont 8 % parmi ceux qui sont en milieu de carrière.

Sur le plan des motivations, « le plaisir de transmettre des connaissances » est ce qui définit le mieux le sens des relations avec les élèves (pour près d’un sur deux) et surtout après quelques années d’enseignement, ce qui explique l'intérêt que suscite la Pédagogie Explicite dans le milieu professionnel. Devant la vision volontiers médiatisée, voire déformée, de la difficulté des publics et contextes scolaires, les professeurs des écoles affirment avec une nette conviction (7 sur 10) à quel point « le contact avec les enfants » constitue la première source de satisfaction du métier. Cela reste vrai, quelles que soient l’ancienneté et la formation des enseignants, et varie quelque peu suivant le type d’école : un peu plus affirmé en maternelle qu’en élémentaire et plus prononcé chez les femmes que chez les hommes qui sont plus « comblés » par « la transmission des savoirs ».

Quant aux difficultés, les enseignants du premier degré identifient comme difficulté première « la complexité des missions » qui leur sont demandées. On peut y voir à la fois un désarroi par rapport à la définition mouvante de leur rôle (refonte des programmes, injonctions nouvelles, etc.) et l’obligation de résultats sous la pression de l’institution et des parents, conséquence des classements aux évaluations internationales.

Les professeurs des écoles qui semblent le plus à l’aise à s’adapter au niveau des élèves ont moins de cinq ans ou plus de vingt ans d’ancienneté. Les classes déclarées comme les plus délicates en école élémentaire sont le CP, le CE1 et le CM2, c’est-à-dire soit les classes d’initiation à la lecture, à la production d’écrits, au calcul, soit la dernière année du cycle approfondissement (CM2) caractérisé par la maîtrise des compétences essentielles et aussi l’appropriation des méthodes de travail nécessaires en sixième. Trois raisons expliquent prioritairement ces difficultés : « l’hétérogénéité de acquis scolaires des élèves » (pour deux sur trois) celle des « milieux socioculturels des élèves » (pour un sur deux) et le « manque d’investissement des élèves » (pour un sur trois). Cette hiérarchisation varie selon la classe où ils enseignent : ainsi en maternelle, ils pointent plutôt « l’hétérogénéité des milieux socioculturels », et au CM2 c’est plutôt « le manque d’investissement des élèves et le manque de maîtrise des notions de base ».

Reste enfin à évoquer la durée de travail : dans l’enseignement élémentaire, les enseignants des pays de l’OCDE donnent en moyenne 812 heures de cours par an dans les établissements publics. Les enseignants français du premier degré assurent quant à eux 910 heures et se situent dans le haut de la fourchette au même titre que l’Irlande (915 heures), les Pays-Bas (930 heures), la Nouvelle-Zélande (985 heures) ou les États-Unis (1 080 heures).

Il y a d’autres constats que je n’ai pas relevés dans le cadre de ce bref commentaire, il faudra donc vous reporter à l’article lui-même pour les découvrir.

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